drapeau-europeenIndiscutablement, le résultat décevant obtenu les 28 et 29 novembre lors du sommet de Vilnius sur le Partenariat oriental apparaît comme un mauvais point pour l’Union européenne, dont la crédibilité est amoindrie, puisque la politique de voisinage demeure l’aspect principal de sa politique étrangère : n’étant pas parvenue jusqu’à présent à devenir un acteur majeur sur la scène mondiale, l’Union dispose en revanche d’une réelle capacité d’influence sur son voisinage. Il est conforme à ses valeurs et à ses intérêts d’y encourager l’ouverture et le développement économiques, la démocratie et l’État de droit. À l’initiative notamment de sa composante centre-européenne, l’Union a semblé accorder à son voisinage oriental immédiat une attention plus grande qu’à la rive méridionale de la Méditerranée. Le rendez-vous manqué de Vilnius n’en apparaît que plus dommageable.

Il serait pourtant hâtif d’y voir un véritable succès pour la Russie, qui a certes prouvé sa capacité d’empêcher, mais non celle d’offrir aux intéressés une solution alternative globale et attractive. Les pays du Partenariat oriental – notamment le principal d’entre eux, l’Ukraine – ont vu leur population se tourner davantage vers l’Union européenne au cours des dernières années. Malgré les difficultés européennes actuelles, un rapprochement avec celle-ci reste perçu comme un moyen de progresser vers l’État de droit et la prospérité. Les importantes manifestations suscitées à Kiev par l’annonce de l’échec du sommet expriment ces aspirations européennes, qu’un partenariat exclusif avec la Russie ne pourrait évidemment satisfaire.

Tels des enfants du divorce, les pays du Partenariat oriental sont désormais sommés de choisir, alors que leurs opinions sont divisées et que leurs aspirations et leurs intérêts ne peuvent trouver une réponse complète ni auprès de la seule Union européenne, ni auprès de la seule Russie. Il convient de tirer les leçons de ce résultat non souhaité de l’action de l’Union.

Les objectifs de la politique de voisinage à l’Est restent valables et doivent être maintenus : voir les pays en cause se rapprocher des standards européens et renforcer avec eux les liens économiques et politiques est une ambition majeure pour l’Union.

Pour être couronnée de succès, la « politique à l’Est » de l’Union européenne devra cependant éviter que le Partenariat oriental ne réveille le traditionnel sentiment obsidional de la Russie. L’Union doit donc mener désormais en parallèle le rapprochement avec la Russie et avec les pays du Partenariat oriental, sans placer ceux-ci devant un choix à certains égards artificiel.

Rejoignant des travaux précédents du Sénat1(*), vos rapporteurs ont tiré de leur déplacement en Russie – qui a eu lieu avant la crispation entourant le sommet de Vilnius – la conclusion qu’un dialogue plus constructif entre l’Union européenne et la Russie est possible et souhaitable, sur le plan politique et sur le plan économique.

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